Lorsqu’on organise une expédition d’observation des oiseaux dans le Sahara marocain, le choix de la période n’est pas seulement important : il détermine l’expérience dans son ensemble. Si le cœur du désert abrite toute l’année une population d’espèces sédentaires robustes et résistantes, c’est pendant la migration printanière que l’observation des oiseaux à Merzouga révèle toute sa magie.
Entre mars et mai, des millions de migrateurs transsahariens empruntent la voie migratoire marocaine, qui constitue une étape cruciale avant la traversée de la Méditerranée. Si vous souhaitez enrichir au maximum votre liste d’espèces du Paléarctique occidental, ce guide vous indique précisément quand vous rendre sur place, quelles espèces observer et comment le changement des saisons influence les micro-habitats locaux autour de l’Erg Chebbi et de Dayet Srji.

Pourquoi le printemps (de mars à mai) est la « fenêtre d’or » (Golden Window)
Pour les ornithologues qui travaillent en Afrique du Nord, Merzouga au printemps est une destination incontournable. À la fin de l’hiver, des millions d’oiseaux migrent vers le nord depuis l’Afrique subsaharienne. La diversité des habitats qui entourent Merzouga — notamment les broussailles de tamaris, la hamada rocheuse et les zones humides saisonnières — offre des aires de repos et d’alimentation essentielles.
Au cours de cette période de trois mois, vous assistez à un spectacle exceptionnel : l’arrivée des oiseaux nicheurs estivaux, le passage des migrateurs de transit et les résidents du désert, très actifs toute l’année, qui se livrent à des parades nuptiales.
Pour découvrir plus en détail la diversité des écosystèmes de la région, consultez notre guide complet : « Guide de l’ornithologue amateur dans le Sahara marocain : à quoi s’attendre ».
Répartition mois par mois
Mars : l’arrivée de l’avant-garde
Le mois de mars marque le réveil du désert. Le temps est incroyablement doux et ensoleillé, ce qui permet d’observer les oiseaux toute la journée sans subir la chaleur accablante de midi.
- Les zones humides : si les pluies hivernales ont été abondantes, le Dayet Srji sera plein à ras bord. C’est la période idéale pour observer les oiseaux aquatiques, les échassiers et les célèbres vagues roses formées par les flamants roses.
- Le broussaile : les premiers migrateurs commencent à faire leur apparition dans les oueds asséchés et les bosquets d’acacias. Vous pouvez désormais tendre l’oreille pour écouter le chant qui porte loin de l’alouette-huppe et partir à la recherche des premiers engoulevents d’Égypte, qui se cachent à l’ombre des tamaris.
Avril : pic de migration (le meilleur mois)
Si vous ne pouvez choisir qu’un seul mois pour votre séjour d’observation des oiseaux à Merzouga, optez pour avril. Le nombre impressionnant de migrateurs transsahariens qui y font escale est tout simplement stupéfiant.
- Espèces cibles : La garrigue regorge de fauvettes, notamment la très insaisissable fauvette du désert africain et la fauvette de Tristram. Les oiseaux terrestres, tels que le courlis crème et diverses espèces de gangas (tachetée et couronnée), sont très actifs sur les plaines rocailleuses.
- Les rapaces en action : levez les yeux. Les rapaces migrateurs, ainsi que les faucons de Lanner et les hiboux pharaons sédentaires, profitent des courants thermiques qui s’élèvent des dunes et des affleurements rocheux pour chasser.
Mai : Migrateurs tardifs et oiseaux nicheurs du désert
En mai, les températures augmentent rapidement, atteignant souvent plus de 30 °C (90 °F) à midi. C’est toutefois le pic de la saison de reproduction pour les espèces endémiques.
- La stratégie : vous devez privilégier les sorties tôt le matin et en fin d’après-midi. La chaleur de midi, qui provoque des mirages, rendra les longues-vues inutilisables dès 11 h.
- La récompense : le mois de mai est idéal pour observer les comportements de nidification du moineau du désert et du traquet à couronne blanche à proximité des habitations locales et des camps dans le désert.
Vous souhaitez observer des espèces locales spécifiques ? Consultez notre article dédié : « Comment repérer le moineau du désert à Merzouga ».
De juin à août : l’été caniculaire
En règle générale, nous déconseillons les séjours consacrés à l’observation des oiseaux pendant la haute saison estivale. Les températures dépassent régulièrement les 40 °C (104 °F). Le Dayet Srji s’assèche généralement complètement, se transformant en une plaine salée craquelée. Si les ornithologues passionnés peuvent encore repérer à l’aube des alouettes et des traquets résidents, l’activité des oiseaux diminue considérablement, les espèces économisant leur énergie et leur eau pour survivre à cet environnement extrême.
De septembre à novembre : Le retour de l’automne
L’automne marque le début de la migration vers le sud. Bien que généralement moins intense que l’afflux printanier, les mois de septembre et d’octobre sont parfaits pour observer les volées mixtes en quête de nourriture et les oiseaux migrateurs qui regagnent l’Afrique subsaharienne
- À ne pas manquer : les températures redeviennent agréables. C’est une période particulièrement propice à l’observation des rapaces de passage et à la recherche, dans la hamada, de diverses espèces d’alouettes, comme l’alouette à bec épais et l’alouette de Temminck.
De décembre à février : la trêve hivernale
L’hiver au Sahara, ce sont des matins glacials et des après-midis frais, clairs et agréables.
- Volées hivernantes : si le lac saisonnier reste en eau, il constitue une aire d’hivernage essentielle pour les canards, les foulques et les flamants roses qui s’attardent dans la région. On peut également y observer des rapaces hivernants. Bien que le nombre total d’espèces soit inférieur à celui d’avril, le désert est paisible et la lumière est d’une clarté spectaculaire pour la photographie ornithologique.

Organiser votre expédition dans le désert
Étant donné que la faune aviaire de Merzouga dépend fortement des pluies saisonnières imprévisibles et des éclosions d’insectes, le fait de collaborer avec des experts locaux fait toute la différence. Nous vous recommandons vivement de consigner vos observations et de consulter l’activité récente des sites phares sur des plateformes mondiales telles qu’eBird avant votre arrivée, afin de savoir quelles espèces sont actuellement présentes dans la région.
De plus, il est essentiel de respecter les principes éthiques de l’observation des oiseaux, en particulier en ce qui concerne les espèces nicheuses du désert, qui sont très vulnérables. Des organisations telles que BirdLife International proposent d’excellentes ressources pour réduire au minimum votre empreinte écologique dans les écosystèmes fragiles.
Que vous souhaitiez prendre la photo parfaite d’un grand-duc du Pharaon ou simplement assister à l’incroyable spectacle de la migration transsaharienne, en programmant votre voyage au printemps, vous vous assurerez de vivre une aventure saharienne inoubliable.
Prêt à élaborer votre itinéraire ? Découvrez notre sélection régionale : les 5 meilleurs sites d’observation des oiseaux autour de l’Erg Chebbi.

